Feuillets de saison, fragments fragiles, au fil de l’eau

Feuillets de janvier 2026

Maintenant j’ai trouvé un foyer
Quand je tiens la main de mon fils pour l’endormir
Je retrouve la même sensation qu’il y a douze ans
Quand je tenais dans ma main celle de mon autre enfant
Des lumières jaunes baignaient la pièce
Juste avant que la nuit n’ondoie
Je ne voulais pas être ailleurs
Je ne voulais rien faire
Aucune pensée ni aucun bruit
Juste lui et moi sous le duvet du crépuscule
Enrubannés d’une auréole d’or
Ce sont ces moments de la vie comme une mer étale
Tout devient limpide
Tout est d’une ineffable beauté
Maintenant j’ai trouvé un foyer et c’est là qu’est ma place

Janvier fanfaronne au son d’un froufrou délicat
Je pense aux mois 12 mois grattés comme des allumettes dont il ne reste qu’une odeur de soufre fané
Je polis mes bottines, mes sacs en cuir et mon cœur aguerri par cette année
J’effeuille plus d’un costume que je raccroche derrière les décors pour toujours
Je remplume tous les trous, toutes les crevasses d’une mixture faite maison et leur octroie mille baisers
J’ai offert aux oiseaux tous les souvenirs coincés dans mes cheveux en espérant que ça les aide à passer l’hiver
Maintenant je pose la main dans ma coupe de garçonne et je souris des nouveaux départs qui n’en finissent pas
J’avance avec un souffle joyeux qui n’a forme que dans ma tête
Je siffle une chanson qui m’émeut et a la forme d’une danse que je n’abandonnerai plus
Je replie les besaces dépouillées et je m’octroie le luxe de garder des trésors dans un recoin secret connu de moi seule
Je ne ferme pas la porte mais je l’ouvrirai avec un cœur vrai qui se donne d’abord à lui-même, les volets clos aux quatre vents, attendant la brise et le pétrichor
Dans l’armoire je garde une boite marquée de douceurs pour les jours tristes
J’irai camper la forêt noire pour pacifier les choucas qui y ont fait leurs nids
Je suis prête à écouter
C’est le silence que je cherchais
Je suis prête à sentir
Ce qui palpite et s’enlace
J’entends la vie sourdre dans mon corps comme la rivière dans une caverne millénaire
ça a le goût des choses simples et de l’évidence, le reconnaissez-vous ?
J’irai danser sous les saules
J’y danse déjà dans la neige de janvier
Je frétille des saisons à venir
Tous les parfums je les inviterai sur ma bouche
Serez-vous là ?
Moi, oui
J’envoie des prières au vent, pour semer dans la forêt ses lettres de lumière
Et ses pluies d’arc en ciel
Je convoque un feu millénaire qui fera un festin de mes vieux serments
J’avance avec la grâce au bout du doigt
Parfois je la vois frétiller avec amusement comme une magie très ancienne reliée aux enfances et au cosmos
Je m’habillerai de paillettes et de voie lactée pour embrasser les jours sombres
J’ai une tanière maintenant pour passer les hivers
C’est mon secret que je ne cache plus

Bonjour silence
Ton horizon a la forme d’une tanière où se lover pour s’aimer un peu plus
Chacun apporte ses brindilles dans ton nid
L’un des paillettes, l’autre des écorces d’orange, ou encore quelques plumes trouvées dans une couette en duvet
Un jour j’ai vu un enfant y déposer des baisers pour en faire un coussin cotonneux
Et s’y endormir dans le calme sucré de l’aube
Bonjour silence
Ce bonjour c’est pour te saluer et te dire merci
Parfois tu viens sur nos épaules déposer un rideau qui étire le temps
L’urgence s’évapore et l’empressement aussi et la tempête des émotions
Tu dis : chuuuuuut
Tu chantonnes une berceuse d’un autre temps
Drapés de toi, nous répondons : OUI, chuuuuuut, et la berceuse nous la chantonnons avec toi
Bonjour silence
Tu dessines dans nos vies un paysage sans tambour ni blabla
Les bobines de tous les films sont rangées au grenier
Tous les procès au placard, plus besoin de se défendre ou d’être compris
OUSTE (C’est une espèce de formule magique pour balayer les scories)
Tu nous invites à quitter la scène sur laquelle nous ne cessions de raconter devant un public bavard et dissipé : CIAO
Bonjour silence
Venez, dis-tu. La vie est dans mes collines, dis-tu
Au milieu du thym et du serpolet on peut se retrouver soi-même
Et s’offrir la douceur du soleil en ne s’abandonnant plus jamais
L’essentiel ne fait pas de bruit
CALIN
Bonjour silence
Je respire : Aaaaahhhh
Chuuuuut, OUI, OUSTE, CIAO, CALIN, Aaaaahhh

Ce matin je suis allée au jardin
J’ai ramassé toutes les branches cassées par le vent d’hiver
Avec les feuilles mortes j’ai composé un tas où se réchaufferont les coléoptères s’ils le souhaitent
Un merle chantait dans le pommier tout nu
Et le magnolia étincelait de bourgeons nouveau-nés
J’ai frotté la table en bois remplie de mousse, de fientes d’oiseaux et de vieux noyaux de cerise
J’ai redressé les chaises tombées sous les neiges de janvier
L’avion en frigolite gisait dans un talus, j’ai redressé son nez et je l’ai fièrement fait voler dans le ciel gris
J’ai dit bonjour aux fleurs qui vaillamment se frayaient un chemin dans le froid
Je les ai trouvées belles et je me suis sentie chanceuse
A toutes les petites pousses, tous les chants d’oiseau et les arbres, j’ai donné mon attention et un regard plein de curiosité et d’émerveillement
J’ai songé à l’automne qui était passé, à l’hiver qui pulsait jusqu’aux nuages et aux promesses du printemps
Je me suis accroupie au milieu de l’herbe molle et j’ai fermé les yeux pendant de longues minutes
Mon jardin
J’ai soupiré avec fatigue, puis avec délice
Je me suis relevée doucement
Je reviendrai te voir souvent, petit jardin, je te le promets

Aujourd’hui je ne cherche plus LA beauté, mais humblement et simplement la mienne. Elle a un goût d’élégance anglaise, légèrement aristocrate, baignant dans l’ombre d’une grande bibliothèque universitaire. Elle sent l’érudition en même temps qu’un souffle de légèreté. Elle se baigne dans une rivière d’enfance puis emprunte aux lettres ses plus belles noblesses. Elle admire le raffiné mais dédaigne le luxe. Elle est exigeante. Elle voue à la lumière un culte particulier puis s’ébroue de joie devant l’éloge de l’ombre. Elle est la nature nimbée de grâce et aussi le style d’une Audrey Hepburn, ou la classe gentlemanesque d’un Sherlock Holmes. Elle campe dans les landes écossaises, danse à travers la garrigue, se faufile au milieu de la capitale. Elle est farouche et libre en même temps qu’ordonnée et lisible. Elle est faite de peu, car on ne peut rendre grâce et honorer dans le trop. Quelque chose de la magie des fées l’habille, quand le carillon sonne pour rappeler la douceur de vivre. Elle est une respiration dans l’agitation, un silence sur la portée, un soin désinvolte porté à toute chose. A la fois profonde et légère, sérieuse et fantasque. Elle est savamment contradictoire et ne s’en embarrasse pas. Elle est le socle : ce qui abreuve, ce qui nourrit, ce qui apaise. Elle est vent, eau, fruits, sève. Elle remplit le corps d’une confiance invisible et indivisible en la vie. Elle s’éveille dans un musée, devant un rire, au cœur d’un moment partagé, à travers la démarche d’une inconnue, au son d’une voix ou d’une chanson, ; à travers les saisons, le bois, la pierre, quand vient la lune, quand se retire la marée, dans la paume d’un enfant et le regard d’une mère, au cœur de la poésie qui prend de multiples formes, dans la façon d’assembler un plat et de danser en famille, dans l’écriture, sur le papier, au milieu des carnets de cuir et des étreintes : elle rayonne d’une infinie douceur et l’orbe de son écho habille nos vies de splendeur.

Me régaler de cette lumière du mois des neiges
qui est sans prix offerte à tous
Et de ce qui embaume de beauté la maison
Trésors glanés au fil des ans
Comme une floraison sans cesse renouvelée
Savourer ce goût de la vie
Qui porte le sceau de la chance et de la colombe

Je dessine de petites îles où me reposer dans la course
Milliers d’archipels comme des havres de paix
J’y dépose mon corps et ma tête
Je n’ai rien d’autre à faire qu’y être
C’est étrange, n’est-ce pas
Plus rien à chasser ni à poursuivre
Comme c’est bizarre
L’animal désirant peut se taire et se reposer
L’île le réveillera d’une douce brise quand reprendra le voyage
Je savoure ma vie sur le fil du collier d’archipels
Quand je reprends la mer, qu’elle soit calme ou rageuse,
Je sais que juste là-bas
pas loin
m’attend une terre où je n’ai rien à prouver

S’engager dans le geste et le mouvement
Se déposer dans le silence et le ressenti
Je suis aux racines de ma vie

Les flocons de janvier ont porté sur mon seuil des missives sans paroles
Tandis qu’acharnée, je déambulais dans le bruit,
ils portaient le message d’un silence mat
Pour une fois je souhaiterais les écouter
Oublier la transparence crue et les eaux agitées
Ôter les fanions dressés dans le château de guerre
Cesser les cris apeurés d’invisible
Pour une fois je souhaiterais les entendre
M’offrir une dignité sans chahut
Porter un manteau d’étoiles, de fleurs et de flocons
Habiter une limpidité que personne ne regarde
Ce sont les racines de la magie
Même dans le doute, ne plus jamais s’abandonner