Infidélités
Il y a les infidélités évidentes
Celles que tout le monde reconnaît parce qu’elles rassurent l’ego collectif.
Une relation sexuelle cachée.
Une relation amoureuse parallèle.
Un ex que l’on recontacte en secret.
Un collègue avec qui l’intimité émotionnelle dépasse celle du couple.
Un flirt entretenu sous couvert d’humour.
Celles-ci font mal parce qu’elles sont visibles. Mais elles sont rarement les premières.
Il y a les infidélités émotionnelles silencieuses
Parler de ses peurs à quelqu’un d’autre plutôt qu’au partenaire.
Se sentir compris ailleurs et ne plus essayer dans le couple.
Se plaindre de l’autre à l’extérieur sans jamais l’avoir confronté.
Rêver d’une autre vie sans jamais partager son malaise.
Se sentir vivant avec quelqu’un d’autre et anesthésié à la maison.
Construire une complicité secrète fondée sur la plainte ou la dérision du conjoint.
Là, le lien commence à se déplacer. Le couple n’est plus le lieu de vérité.
Il y a les infidélités familiales
Celles-là sont parmi les plus destructrices car elles sont socialement tolérées.
Elle se met avec sa mère contre son mari.
Confidences quotidiennes sur le couple.
Validation constante de la colère.
La mère devient juge, alliée, refuge.
Le mari devient l’étranger.
Lui se met avec sa mère contre sa femme.
Appels réguliers pour se plaindre.
La mère rassure, excuse, minimise.
La femme devient trop, exigeante, instable.
Le fils reste fils, jamais pleinement conjoint.
Les parents entrent dans le couple.
Les décisions se prennent à trois.
Les conflits sont arbitrés ailleurs.
Le couple perd sa souveraineté.
C’est une infidélité majeure. Le lien primaire n’est plus respecté.
Il y a les infidélités idéologiques
Quand une idée prend la place du lien.
Se réfugier dans la spiritualité pour ne plus affronter le conflit.
Utiliser la psychologie pour expliquer l’autre sans jamais se regarder.
S’abriter derrière le féminisme ou le masculinisme pour ne plus dialoguer.
Transformer le couple en champ de bataille conceptuel.
Avoir raison plutôt qu’être en lien.
L’idée devient l’amant. Le partenaire devient l’obstacle.
Il y a les infidélités professionnelles
Donner le meilleur de soi au travail et les restes au couple.
Parler avec passion à ses collègues et par automatisme à la maison.
Se sentir reconnu ailleurs et invisible chez soi.
Protéger son image professionnelle et exposer ses frustrations intimes à l’extérieur.
Le couple devient le lieu du déversement, jamais de l’élan.
Il y a les infidélités numériques
Partager son intimité sur les réseaux plutôt qu’avec l’autre.
Recevoir des validations extérieures et s’y nourrir.
Entretenir des conversations ambiguës sous prétexte d’innocence.
Regarder l’autre vivre sa vie en ligne sans jamais lui parler vraiment.
Le regard se détourne. Le lien s’assèche.
Il y a les infidélités de fuite
S’absenter émotionnellement.
S’anesthésier par les écrans, le sport, les addictions.
Ne plus être là même en étant présent.
Faire semblant que tout va bien pour éviter la confrontation.
Ce n’est pas spectaculaire. C’est lent. Et souvent irréversible.
Il y a les infidélités de non-dit
Ne pas dire que l’on n’est plus heureux.
Ne pas dire que l’on doute.
Ne pas dire que l’on désire autrement.
Ne pas dire que quelque chose est mort.
Le silence est une trahison quand il protège une fuite.
Et enfin, il y a l’infidélité fondamentale
Ne plus se risquer à dire la vérité à celui ou celle avec qui on a choisi de faire couple.
L’infidélité commence exactement là.
Au moment où quelqu’un d’autre devient le lieu où je dépose ce que je n’ose plus déposer dans le couple.
Les hommes et les femmes ne la perçoivent pas pareil.
Beaucoup d’hommes minimisent l’émotionnel.
Beaucoup de femmes minimisent l’intrusion familiale.
Mais le couple, lui, ne se trompe pas. Il se vide.
Être fidèle, ce n’est pas seulement ne pas coucher ailleurs.
C’est garder le couple comme espace premier de vérité, de conflit, de transformation.
Dès que ce centre est déplacé, l’infidélité est déjà là.