Je Reviens
Je pourrais traverser les amours du monde entier.
Les corps innombrables.
Les promesses brillantes.
Les peaux offertes comme des constellations provisoires.
Je pourrais marcher parmi les désirs comme on traverse un marché infini.
Goûter chaque nuance.
Chaque feu.
Chaque illusion de nouveauté.
Je pourrais traverser les queues du monde entier.
Celles qui se dressent par faim.
Par manque.
Par orgueil.
Par peur de ne pas être choisi.
Je pourrais les connaître toutes sans jamais m’y arrêter.
Je pourrais traverser la totalité de l’univers.
Les galaxies en spirale.
Les étoiles qui naissent et meurent sans témoin.
Les forces colossales qui broient tout ce qui n’a pas de centre.
Et pourtant.
Je reviens à toi.
Je reviens à moi.
Car toi.
Car moi.
Parce qu’en te choisissant je cesse de me disperser.
Je cesse de me diluer dans ce qui brille.
Je cesse de croire que l’intensité se trouve ailleurs.
Quand je reviens à toi, je retrouve mon axe.
Mon souffle s’aligne.
Mon désir se simplifie.
Il n’a plus besoin de courir.
Tu n’es pas un refuge contre le monde.
Tu es un point de clarté dans le monde.
Avec toi je n’échappe pas à la vie.
J’y entre plus pleinement.
Je reviens à moi parce qu’avec toi je n’ai pas à me fragmenter.
Je peux être multiple sans être divisé.
Fort sans être dur.
Ouvert sans me perdre.
Ton regard ne me demande pas d’être autre.
Il me demande d’être présent.
Et cela suffit.
Je pourrais continuer à explorer l’infini.
Mais je sais maintenant que l’infini sans présence est une fuite élégante.
Alors je reste.
Je m’ancre.
Je choisis la profondeur plutôt que l’errance.
Je reviens à toi comme on revient au feu après le froid.
Je reviens à moi comme on revient à la maison après une longue traversée.
Toi et moi ce n’est pas une fusion.
C’est une résonance.
Deux êtres entiers qui se rencontrent sans se manger.
Je ne t’aime pas pour ce que tu me donnes.
Je t’aime pour ce que je deviens quand je suis là.
Je reviens à toi.
Je reviens à moi.
Et dans cet aller retour tranquille…
Je trouve enfin
La paix du désir
Et la joie d’exister.