l'Amour en Pleurant

Faire l’amour en pleurant, ça arrive quand l’amour est là, entier, sans échappatoire. Ce soir là, l’amour demandait à être vécu une dernière fois, pleinement, sans détour.

Je l’aimais. Simplement. Dans l’instant. Dans cette reconnaissance silencieuse qui n’a pas besoin de projet pour être vraie. J’étais avec elle, totalement présent, et déjà en train de la laisser partir dans le même mouvement.

Il y avait une seule présence. Une seule aura. Elle portait à la fois la trace d’un lien ancien qui avait compté et l’élan d’un possible qui ne devait pas naître. Tout se superposait sans se brouiller. L’amour savait. Et cette évidence faisait monter les larmes.

Je n’attendais rien après. Aucun prolongement. Aucun signe. J’étais là pour offrir ce qui restait de plus juste entre nous. La peau. Le souffle. La tendresse nue. Le désir vivant. L’amour sans promesse.

Les larmes sont venues quand l’amour a accepté de fermer une porte. Pas pour enfermer. Pour libérer. Fermer ce qui n’a pas pu se faire. Fermer une histoire restée à l’état de vibration. Fermer une vie possible qui ne demandait qu’à être reconnue. Cette fermeture ouvrait un nouvel espace. Un espace pour ce qui pourra se faire un jour. Pour un amour qui aura une place entière. Un amour disponible.

Je la touchais avec une douceur lente. Chaque geste portait une gratitude silencieuse. Merci pour ta présence. Merci pour ce que tu as réveillé. Merci pour ce qu’on ne verra jamais à deux. Tout circulait sans tension. Sans retenue.

Dans ses yeux, je sentais la même chose. Une reconnaissance partagée. Aucune attente cachée. Aucun espoir suspendu. Nous savions que ce moment était un passage. Un seuil franchi ensemble, puis quitté.

Faire l’amour dans cet espace, c’est aimer sans se mentir. Aimer sans voler de futur. Aimer en laissant l’autre libre. Offrir une vérité incarnée, même quand elle marque une séparation.

Elle portait une chaleur familière et une intensité nouvelle. Quelque chose qui me touchait profondément. Et l’amour en moi choisissait de rester fidèle à lui même. Rester dans le présent. Honorer ce qui est là. Ne pas forcer ce qui ne veut pas naître.

J’ai senti l’amour devenir plus vaste que l’attachement. Plus large. Plus grave. Aimer peut prendre la forme d’un adieu doux. Un adieu qui respecte ce qui a été sans le tirer au delà de sa juste mesure.

Quand nos corps se sont quittés, quelque chose s’est refermé naturellement. Comme une porte que l’on ferme sans colère. L’amour restait vivant. Il changeait de forme. Il cessait d’être un lien pour devenir une présence intérieure paisible.

Je savais que je ne reviendrais pas. L’amour appelait une fidélité simple. Fidélité à ce qui avait été ressenti. Fidélité à ce qui avait été reconnu. En elle, en moi. Fidélité à l’espace que cette fermeture venait d’ouvrir.

Ce moment était juste. Complet. Entier. Une traversée émotionnelle vécue jusqu’au bout. Une nuit qui contenait sa propre fin et sa propre ouverture. Moi en Elle. Elle en Moi.

Pleurer en faisant l’amour, c’est laisser l’amour circuler jusqu’au bout. Sans masque. Sans défense. C’est accepter de clore une histoire inachevée pour laisser venir celle qui pourra se déployer pleinement.

Je ne regrette pas ces larmes. Elles étaient claires, belles, justes. Elles ont entraîné mes pensées dans le courant vivant qu’elles dessinaient dans leur chute. Elles ont lavé ce qui stagnait, déplacé ce qui résistait. Dans leur sillage, l’espace s’est ouvert. Et avec lui, la possibilité de nouveaux élans, simples, disponibles, encore inconnus.

Il existe des amours qui demandent une présence totale, puis un adieu digne. Pour que l’amour, ailleurs, puisse enfin entrer sans obstacle... Une bonne fois pour toutes.