Ode à l'erreur

Et si mon erreur avait été un corps posé contre le mien un soir calme.
Une lumière douce traversant une pièce au rideau entrouvert.
Une présence qui ressemblait à l’amour sans encore en porter le poids.

Elle avait une beauté qui n’était pas criarde.
Une beauté qui se laissait découvrir.
Un visage qui s’adoucissait quand je m’approchais.
Un corps qui savait dire viens sans jamais dire reste.

Mon erreur avait des mains.
Elles savaient se poser exactement là où ça apaise.
Une nuque.
Une épaule.
Le creux du dos.

Il y avait dans ces gestes une promesse silencieuse.
Une promesse ressentie.

Comme une barque attachée au ponton au lever du jour.
Elle tangue doucement.
Elle est là.
Elle donne l’impression qu’il suffirait de monter pour partir ensemble.

Et j’y ai cru.

Il y avait de la tendresse.
Parfois vraie dans l’instant.
Parfois mimée.
Parfois convoquée pour ne pas être seule face à elle même.

Mais toujours belle.

Mon erreur sentait la peau chaude et le linge propre.
Elle avait cette douceur du soir quand les défenses tombent.
Quand les corps parlent mieux que les mots.
Quand l’on se confie sans vérifier si quelqu’un restera pour entendre la suite.

Je n’ai pas confondu le désir.
Je n’ai pas confondu l’attirance.
J’ai confondu la proximité avec l’engagement.

J’ai cru que cette douceur avait des racines.
J’ai cru que cette tendresse savait revenir le matin.
J’ai cru que ce qui se donnait dans l’intime pouvait se tenir dans la durée.

Mais cette présence était comme une lumière de bougie.
Sublime.
Vivante.
Et incapable d’éclairer une maison entière.

Elle savait disparaître quand il fallait répondre.
Elle offrait le refuge sans jamais devenir l’abri.

Et moi je restais.
À côté.
Ouvert.
Disponible.
Immature.

Mon erreur n’était pas d’avoir cru à cette beauté.
Elle existait réellement.
Mon erreur était de lui avoir demandé de devenir un socle.

Je lui ai prêté une solidité qu’elle n’avait pas.
Une continuité qu’elle ne pouvait pas porter.
Une responsabilité qui l’aurait obligée à grandir plus vite qu’elle ne le pouvait.

Aujourd’hui je garde l’image.
Deux silhouettes près d’une fenêtre.
La ville au loin.
Le temps suspendu.

Je garde la grâce de ces instants.
Je rends l’illusion.

Et la plus belle et coûteuse de mes erreurs m’a appris cela.
Que tout ce qui est beau n’est pas fait pour durer.
Mais que certaines beautés sont nécessaires pour apprendre à ne plus se perdre.