Toxicité

De manière générale, la toxicité relationnelle naît d’une incapacité à réguler ses propres émotions. Quand un individu ne sait pas contenir ce qui le traverse, il cherche inconsciemment un autre pour le faire à sa place. L’émotion devient alors un objet à déposer. On la projette. On la provoque. On la transfère. L’autre s’énerve, explose, sature, et sans le savoir il devient le régulateur externe d’un encombrement interne.

Ce mécanisme est profondément humain. Il n’est pas calculé la plupart du temps. Il repose sur une illusion simple. Si l’autre porte la charge, je respire. Si l’autre crie, je me calme. Si l’autre s’effondre, je me stabilise. C’est une économie émotionnelle primitive. Elle fonctionne à court terme et détruit à long terme.

Dans une famille, ce processus circule. Le père, la mère, l’adolescent peuvent tour à tour devenir le lieu de décharge. Celui qui s’énerve est souvent désigné comme le problème alors qu’il est en réalité le dernier maillon de la chaîne. Celui qui absorbe. Celui qui exprime ce que les autres ne peuvent pas se permettre de sentir. La famille se calme sur son dos.

Le cœur du travail n’est pas d’apprendre à ne plus s’énerver. C’est d’apprendre à reprendre ce qui nous appartient. Dire intérieurement ceci est à moi. Cette peur est à moi. Cette colère est à moi. Ce vide est à moi. Tant que cette étape n’est pas franchie, on continue à utiliser l’autre comme un système nerveux de secours.

Chez l’adolescent, le mécanisme est amplifié par l’immaturité neurologique et la puissance corporelle émergente. Il ressent fort, pense encore peu, et agit vite. S’il n’a pas vu d’adultes capables de contenir leurs affects, il apprend que la relation sert à se débarrasser de ce qui déborde. Il ne distingue pas encore entre ressentir et faire porter. Il fait ce qu’il a appris.

Chez les parents, la responsabilité est plus lourde. Non pas d’être parfaits, mais d’être propriétaires de leur monde intérieur. Un parent qui dit je suis tendu, c’est à moi de le gérer, offre un modèle silencieux d’une valeur immense. Il montre que l’émotion n’est pas dangereuse. Qu’elle n’a pas besoin d’un coupable. Qu’elle peut être traversée sans être transmise.

Apprendre à reprendre ce qui nous appartient, c’est refuser de coloniser l’autre avec son chaos. C’est accepter de rester quelques minutes de plus avec une sensation désagréable sans la faire payer à quelqu’un. C’est un acte de maturité émotionnelle. Et dans une famille, c’est souvent l’acte le plus réparateur qui soit.