Journal, contes & nouvelles

Il fallait que ça sorte

Chers amis,

 

Ce qui va suivre ne sera que digressions, mais j’ai besoin d’écrire tout cela, n’en déplaise à certains.

Depuis près de deux ans, je me fais de plus en plus discret sur les réseaux et « dans le milieu » en général. Beaucoup d’entre vous ne s’en étaient d’ailleurs pas aperçus, ce qui démontre l’intérêt tout relatif de mon action et me conduit à beaucoup d’humilité. Je suis fatigué par ce que j’observe en boucle sur les réseaux sociaux, intarissable source d’énervement, de commentaires réactionnels et de sentiment d’impuissance. Progressivement, j’en ai eu marre de participer à nourrir ce flux constant de mauvaises nouvelles et de leurs commentaires, souvent justes, mais qui n’apporte plus grand-chose au débat d’idée. Je l’ai fait pendant de nombreuses années, car pendant longtemps, aucun grand média ne parlait du réel ailleurs que sur les réseaux. C’est nettement moins le cas aujourd’hui.

Par ailleurs, j’estime avoir fait ma part du travail pour populariser nos idées en ayant été, depuis 2012, une modeste, mais active, voix de la « dissidence » numérique. J’ai fait un peu de politique, beaucoup de militantisme, j’ai été chroniqueur et journaliste, conduit des interviews de personnalités de notre camp et des produits des matinales en direct. J‘ai créé deux médias, dont un média papier. L’ensemble de mon travail a cumulé plus de cent millions de vues. J’ai aussi théorisé quelques concepts, dont certains ont été repris par un illustre écrivain, ce qui fait ma fierté, écrit quelques livres, comme tant d’autres. J’ai toujours refusé, néanmoins, de verser dans le buzz provocateur, grossier et facile qui attire l’attention des grands médias et vous emmène rapidement sur des plateaux télé, chose que je n’ai jamais souhaité faire. Il faut des gens pour porter nos idées, mais nous assistons à une sorte de dérive qui consiste en la commentairisation continue de la vie politique française, ne laissant presque aucune place à l’analyse profonde et encore moins à l’action. Nos idées ont enfin l’accès aux grands médias et on ne peut que s’en réjouir, mais il faut prendre garde à ce que le piège médiatique ne se referme pas contre nous en faisant des porteurs de nos idées un épouvantail que le camp idéologique adverse utilisera comme tremplin pour se maintenir au pouvoir, avec l’aide des médias, comme toujours.  

Aujourd’hui, le constat de la situation de la France, de l’Europe et du monde Blanc est largement dressé et partagé par un nombre croissant de personnes et de personnalités. On peut désormais entendre sur des chaînes de grande écoute ce qui m’a valu d’être banni, comme d’autres, plusieurs fois des réseaux sociaux ou de concours littéraires. Mais j’ai besoin de passer à autre chose que de constater la réalité ou commenter l’actualité. Je veux agir concrètement pour participer à construire demain. Je ne sais pas encore comment ni avec quels moyens, mais j’y travaille discrètement, intensément.

Par ailleurs, j’observe avec un certain détachement, voire une certaine gêne, la starification, voire l’instagramification, de nouvelles égéries de la droite identitaire ou « patriote », omniprésente sur les plateaux télé, dans des émissions sur YouTube ou sur d’autres plateformes qui font des millions de vues. Ce sont eux qui représentent nos idées auprès du grand public et quelques-uns le font très bien, Dieu merci. Mais je déplore cette dérive générale de la promotion de l’ego au détriment de la cause. La nature humaine est ainsi faite. Les gens préféreront toujours le buzz sale à l’analyse profonde, la légèreté à la gravité, le paraître à l’être. Mais quand je parcours mes réseaux sociaux, c’est trop souvent pour y découvrir des gens de notre camp se (nous) ridiculiser par des postures sportives vulgaires et maladroites, des photos d’instaputes patriotes ou de publications de Saint-sauveur-des-Français pleines d’autosatisfaction. D’autres font de l’argent en surjouant le patriotisme saucisson-pinard auprès de la frange bourgeoise parisienne qui y découvre le pâté de foie. Enfin, certains réseaux comme Facebook sont truffés de comptes patribeauf préférant jouer la carte « patriote, mais anti-raciste » imposée par le logiciel gauchiste, les amenant à nier férocement les effets des grand et petit remplacements.

En faisant ce constat, je me dis par ailleurs que je suis heureux d’avoir toujours été une sorte d’électron libre dans ce milieu où l’entregent et le copinage ne font pas moins de ravages qu’ailleurs. Les cercles y sont très fermés et on n’y entre que par asservissement moral, intérêt matériel mutuel ou culte de la personnalité pour celui ou celle qui les tient. Comme partout ailleurs, les relations sincères et amicales y sont rares : l’« Influenceur » fait tout pour rester au centre de l’attention et quand il donne, c’est pour mieux recevoir ou pour affirmer que l’on devient son débiteur. Il ne partage la couverture médiatique avec un « concurrent » que s’il y trouve un intérêt direct, immédiat ou stratégique. Je reproche à beaucoup de ces « influenceurs » (qui d’ailleurs n’en sont pas, ce sont plutôt des catalyseurs d’émotions) de n’exister qu’à travers leurs abonnés, tant médiatiquement, moralement que financièrement. Et c’est la grande faiblesse de leur modèle économique, certes contraint par un système qui nous marginalise encore trop. Combien peuvent vraiment se targuer d’être indépendants et d’avoir une vie en dehors de leur activité militante sur les réseaux ? Il n’existe pas de liberté de parole sans véritable indépendance financière. Nous sommes tous contraints par cette réalité, moi y compris, mais lorsque 100 % de vos revenus proviennent d’un parti politique, d’une entité idéologique ou d’une solide base d’abonnés-souscripteurs, vous êtes tenus, à un moment ou à un autre, d’adapter votre discours à votre base militante et/ou à vos mécènes. Les exceptions sont rares. Je pense notamment à des gens comme Daniel Conversano qui n’a jamais travesti ses pensées ni son discours pour plaire à un auditoire. C’est d’ailleurs le paradoxe dans lequel certains « infuenceurs » sont piégés : ils n’accèdent à un auditoire plus large que s’ils acceptent d’adapter leur discours et de renoncer à certains aspects de leur idéologie. C’est le prix à payer pour accéder aux grands médias, mais à quoi bon si c’est pour y tenir des discours tièdes et déjà servis par d’autres ? Le dissident authentique est condamné à le rester. C’est pour cette raison que j’ai un intérêt soutenu pour certains comptes au faible nombre d’abonnés sur X, souvent anonymes, dont la force des analyses et des commentaires dépasse souvent la meilleure de mes publications. Pourquoi ? Parce qu’ils sont pertinents, intelligents, clairs, directs et surtout LIBRES ET INDÉPENDANTS dans leur expression.

J’ai souvent eu l’occasion de participer à quelques évènements et soirées avec les personnes les plus en vue de notre milieu. Toujours en recherche d’échanges sincères et désintéressés, j’ai trop souvent pu observer le bal des faux-culs, comme toujours dans ce genre d’évènement. Notre milieu n’échappe pas à la règle. Oh bien sûr, j’y ai fait des rencontres mémorables avec des gens plus ou moins connus, très sympathiques, simples et sincères (coucou Peno). Mais rares sont ceux qui affichent ces trois qualités. La majorité d’entre eux vous parle avec de plus en plus de détachement à mesure que leur popularité dépasse la vôtre (ce qui arrive très vite dans mon cas mdr). Je me souviens d’une personne qui, connaissant un succès modeste, mais grandissant, sur les réseaux, me demandait régulièrement des conseils ou mon avis sur telle ou telle de ses publications ou sur une action qu’elle envisageait pour s’assurer de faire le buzz. Son succès devenant assez fulgurant, elle a fini par m’accorder un simple hochement de tête, discret, alors qu’elle écoutait attentivement ses nouveaux admirateurs la féliciter pour sa dernière prestation sur un plateau de télévision. Dans notre milieu, je l’ai déjà souligné, il existe beaucoup de clans et d’individualités qui se connaissent très peu, voire pas du tout, ne se parle presque pas, certainement par peur de se faire bouffer ses followers par son « concurrent », puisque beaucoup voient les choses ainsi. Cela dit, des groupes se forment, plus souvent par intérêt que par affinités, mais logique reste clanique. On intègre aussi facilement un clan que l’on peut en être répudié.

J’ai également assisté de l’intérieur à un phénomène intéressant, celui de la sororité militante avec tout ce qu’elle a de plus hypocrite et artificiel derrière les beaux discours sous exposition médiatique. J’y ai observé à cette occasion l’avènement de deux repenties de l’ultra-gauchisme venues nous servir de la soupe identitaire et nous apprendre la vie comme si on les avait attendues. Pis, on offre à ces parvenues une tribune dorée, alors qu’elles nous crachaient dessus hier encore, nous ayant laissé prendre tous les coups, dont les leurs, pour venir ensuite surfer sur la nouvelle vague identitaire à moindre risque, une fois que nous avons fait le travail contre vents et marées. Comment croire en la sincérité de ces apostats du pire des gauchismes, du féminisme le plus crade ? Et quand bien même ce couple d’improbables femellistes serait-il absolument sincère dans sa démarche, comment expliquer que les médias de notre camp leur offre davantage de crédit et de tribune, sur leur simple déclaration de repentance, qu’à des gens comme Julien Rochedy dont le discours est très audible et la sincérité militante n’est plus à démontrer ? On aime ou pas sa personnalité, mais son discours est souvent impeccable et on peut s’interroger sur son absence des plateaux télé ou radio où il serait un chroniqueur qui remonte sérieusement le niveau. Mais Rochedy conserve et entretient les codes des hommes de l’Ancien Monde, le monde digne et moral, celui que le monde médiatique exècre, lui préférant des influenceuses au franc-parler de poissonnière ou des pseudo-intellectuels servant de la soupe prêt-à-penser sur leur plateau.

Ne vous y trompez pas, je ne suis fâché avec personne. J’exprime simplement un sentiment de retenue et de détachement vis-à-vis d’un milieu dans lequel je ne me reconnais pas toujours et auquel on m’associe parfois.

Je suis libre et n’appartiens à aucun clan, aucune chapelle. Mon parti, c’est l’avenir de notre civilisation, de nos enfants au sein de cette civilisation.