je ne travaille plus et écris le reste du temps

Solution [10/100]

Solution 10/100

Je n'ai pas de problèmes, je répète, pas de problèmes, rien que des solutions dans le sac, rien que du sucre dans l’œil, surface lisse, angle mort, la crasse glisse, encore.

Je n'ai pas de problèmes, juste des questions, des petits bouts de questions, rien de théorique, des petites choses graves comme les choses graves le sont toujours. Un jour j'ai couru vers la Seine, ou peut-être était-ce la Saône et j'ai rêvé d'un fleuve sans histoire. Je voulais toucher les fonds translucides, ramasser des coquillages qui traduisent le présent.
Mets ton oreille et tu entendras la mer

Bien sûr que j'entends rien des vagues, j'entends rien que le vent qui s'engouffre et tourbillonne, j'entends mes vagues, celles qui ne se voient pas derrière les dents serrées. C'est moi qui me revient comme un ressac dont on convient que l'heure est mal choisie.

J'ai plein de solutions dans mon sac et je ne sais pas quoi en faire, alors je les jette à la mer et j'espère que quelqu'un les entendra dans un coquillage de fond de fleuve, un de ceux qui n'existent pas, mais qu'on crée soi-même, de nacre et de chagrin. Souvent je pose le mien sur la table, à côté du café et je rigole à voir sa tronche de mollusque. Je pose ma tête sur la table et l'escargot dessus et parfois quand je me concentre je n'entends rien, ça me plaît ça, rien. Rien ça veut dire que ça va, que les cachets sont juste un peu trop forts et donc qu'il sont bien dosés. Parfois j'entends quelque chose, qui ressemble à un bruissement ou à une respiration, très lente. Je colle davantage ma tête contre la table, pour bloquer les autres bruits entièrement. C'est comme un soupir, soufflé à la fin d'une journée bien remplie, une journée où le temps a été plus dense, allongé sur le canapé le corps se relâche et l'air se comprime. J'écoute, en boucle, cette petite solution.

___

#100daystooffload
#100joursdecriture
#10
#poetry #poesie
#journal