Les notes du laptop, par NEKO

JOURNAL
1er décembre 2025

On va se coucher de bonne heure.
La vie des Japonais c'est se lever manger travailler manger dormir.
Et encore, ma chérie fait partie des privilégiées et moi aussi, on n'est pas abruties de travail on a le temps de vivre et réfléchir et même de méditer sous les arbres en oubliant de manger.

Je reviens sur ma vie sous l'autorité de mon frère aîné de 6 à 12 ans.
J'y ai beaucoup réfléchi ce matin dans la forêt.
Oui il m'a traitée très durement, trop durement, on traite pas comme ça une petite fille, mais je ne lui en veux plus.
Il n'imaginait pas, il était incapable de réaliser les souffrances qu'il m'imposait, les efforts qu'il me demandait, c'était pour lui quelque chose de naturel c’est ainsi qu'on devait former une fille de samuraï, car c’est ainsi qu'il concevait alors les choses, entièrement sous l’influence de la mythologie familiale.
Il avait 18 ans faut pas oublier.
La brutalité de notre père était la règle à la maison, tout le monde devait s’y conformer, de plus en tant que seule fille de la famille j'étais considérée comme rien, et le fait de vouloir me former aux techniques de combat traditionnelles était une façon de me revaloriser, de me viriliser en quelque sorte, et donc mon frère mettait le paquet pour rattraper l'erreur fondamentale de la nature qui ne m'avait pas donné une quéquette, et de plus m'avait dotée d'un caractère rêveur, comme du reste mon troisième frère et lui aussi avait dû se réformer avant moi.
À douze ans quand j'ai été confiée à mon oncle pédophile, j'étais très en avance pour mon âge dans la maîtrise des deux sabres, comme ces personnages de légende des romans médiévaux.
Et je suis aujourd'hui persuadée que la dureté impitoyable de ce dressage m'a sauvé la vie et permis de supporter trois ans de mauvais traitements dans la secte plus tard.
Je pense que moralement je n'aurais pas pu tenir et sans doute, pas physiquement non plus.
Je vois donc maintenant les six ans d'entraînement forcé d'un autre œil.
Par ailleurs je ne crois plus comme je l'ai supposé un temps que ce soit là que je doive chercher l'origine réelle de mes troubles, ni la négation de la douleur ni le refus de mon apparence féminine.
C’est plus ancien, plus profond, plus refoulé, comme me le suggèrent mes psys et comme ils pensent que je le sais au fond de moi, et que je commence à l´entrevoir après y avoir profondément réfléchi ce matin dans cette séance de méditation particulièrement profonde au point d'en oublier ma faim.
Et je sens un grand soulagement d'avoir définitivement effacé toute rancune à l'encontre de mon frère.
Je crains pour lui qu’il reste beaucoup plus marqué que moi par ces souvenirs douloureux sur lesquels je ne reviendrai plus ici.
Je lui dirai :
« Frangin c’est définitivement réglé pour moi, ces cicatrices-là ne marquent plus mon âme, ne t’en fais pas, tu m'as en fin de compte permis de survivre et je dois t'en remercier, et c’est cela que tu dois maintenant considérer puisque les bienfaits ont compensé les erreurs de jugement. »

La vie
le destin
se rient de nous et nous enseignent à ne pas nous arrêter aux apparences, mais à apprendre à lire les voies compliquées des relations entre les faits.