JOURNAL
30 décembre 2025
#auberge
Alors comme on est pas habituées à ces pratiques, on a demandé à mon frère de mettre ses experts sur le coup de notre rêve de reprendre l'auberge.
Lui il a toujours pensé que c'était une folie, mais il a joué le jeu comme si c'était pour lui.
Alors il y a plusieurs points essentiels.
Bien sûr on peut acheter les bâtiments du vivant de m et p, mais on peut pas avoir la licence de restauration parce que c’est une licence de 1947 qui a été donnée aux établissements familiaux qui existaient depuis x années avant. Elle est transmissibles aux descendants, enfants, neveux et nièces cousins etc. à condition qu'ils aient un lien de parenté mais elle peut pas être vendue car elle a été donnée c’est un régime spécial destiné uniquement aux établissements traditionnels anciens.
Donc il nous faudrait obtenir une nouvelle licence.
Et voilà le point merdique : si un quelconque héritier se pointe un jour et dit moi je prends la licence familiale, au revoir neko et A il sera prioritaire.
La loi japonaise est très protectrice des droits familiaux et professionnels.
Pour la même raison si un héritier en ligne directe, donc enfants, petits-enfants, arrière etc. décide d'attaquer la vente il a de fortes chances de gagner, il y a plein d’angles d'attaque possible : le montant, l'influence sur des gens très âgés, le fait qu'une des acheteuses est une étrangère etc.
80 % de chances que le tribunal nous donne tort.
Pour assurer notre coup il faudrait l'accord de la fille de m et p mais aussi des petites-filles qui signeraient une renonciation au droit de licence et à toute réclamation sur la vente.
En plus comme le Japon ne reconnaît pas le mariage entre femmes, tout contrat devra être établi à nos deux noms pour qu'on ait les mêmes droits sur les bâtiments et la nouvelle licence et badaboum A n'a pas encore le statut de résidente donc si son visa était annulé (avec la dingue au pouvoir c'est pas du tout impossible) alors au revoir princesse.
Même si M et P nous adoptaient, solution extrême ça poserait encore un problème pour A. : deviendrait-elle Japonaise du même coup ? malheureusement la question ne semble pas tranchée.
Tout cumulé la possibilité de réussite à moyen terme du projet est proche de 0% sans parler des pertes financières dont je vous ferai pas un exposé c’est pas passionnant.
Il y a en plus pour tout arranger des lois locales régionales qui sont ce qu'elles sont mais qui vont pas dans notre sens et qui me considèrent moi même comme étrangère, étant originaire du kanto. Et la loi non écrite la plus importante du japon et qui chapeaute toutes les autres et qui dit
Ça Ne Se Fait Pas
ça vous fait rire mais c’est ça mon pays
C’est comme ça par exemple que des milliers de postes dans les grandes entreprises je dis bien des milliers sont occupés par des gens qui arrivent le matin et repartent le soir sans avoir strictement rien fait ou presque : on peut pas les virer parce que “ça ne se fait pas”, aucune considération économique ne peut avoir raison là-dessus.
C’est dingo, hein ?
C'est le Japon.
Alors soit on trouve l'adresse de la fille de m et p et celles des deux petites filles soit on abandonne définitivement.
Elles sont vivantes car elles sont toujours mentionnées sur le livret familial mais personne ne sait ce qu'elles sont devenues.
La fille a dans les 70 ans et les deux petites-filles un peu plus âgées que nous 38 et 40 c’est tout ce qu'on sait.
Environ 100 000 Japonais disparaissent chaque année, inutile de dire que c’est pas la peine de s'adresser à la police pour les trouver.
Alors pfffff notre rêve est parti emporté par le vent
🌬️
On est allées faire une grande marche sous la neige en silence pour digérer ça ❄️❄️❄️
merci à vous de vous être fait du souci pour nous,
ça ira mieux demain
Si le chasse-neige dégage la route on devra accueillir 6 pensionnaires, il faudra être souriantes comme des vraies Japonaises bien dressées.