JOURNAL
8 décembre 2025
Être ou ne pas être un garçon
Les choses s'éclairent maintenant nettement.
Pendant 6 ans Je me suis efforcée de ressembler à ce que Je croyais que mon frère attendait de moi, et chaque progrès me renforçait dans le sentiment d'exister.
Je rêvais de devenir un garçon.
Un garçon ne pleure pas.
Oubli des larmes, plus aucune plainte.
Je ne sentais plus la douleur, les courbatures, les coups reçus parfois très durs.
C’est dur le boken.
Je mes suis musclée, je suis devenue hardie, décidée, bagarreuse.
J’ai appris à manier la naginata, trop grande trop lourde pour moi.
J'ai appris les positions les meilleures, les gestes les plus adéquats pour limiter les efforts.
J'y suis arrivée.
Mon caractère actuel est né dans ces années : ne jamais renoncer, ne jamais reculer, toujours faire face, trouver la faille qui permet de passer.
Vers 10 ans j'étais devenue capable de tenir tête à un adulte avec n'importe quelle arme, même un simple tanto.
MON FRÈRE ÉTAIT FIER DE MOI.
Il m’exhibait comme preuve de son talent d'instructeur.
J'étais heureuse à ma façon, comme un petit coq de combat, pas loin de me prendre pour de bon pour un garçon.
J'existais pour de bon.
À l'école j’avais plein de copines.
J'étais épanouie et meneuse.
Rien ne m'arrêtait.
J'avais de très bonnes notes.
Mais
jamais
jamais
mon père n'a donné le moindre signe d'intérêt
Puis j'ai été confiée à mon oncle pédophile, et ça a commencé à dérailler.
L'intérêt que lui et sa femme me portaient était certes la preuve de mon existence, mais mon esprit était troublé, j'existais comme une fille.
J'appliquais à ce nouveau mode ce que javais acquis : pas de plainte, pas de protestation.
Je me conformais à ce qu'on attendait de moi mais dans un trouble qui allait grandissant.
Le viol filmé a été un choc terrible.
J'ai fait une sévère dépression.
J’en suis sortie au bout d'un an et là j'ai éclaté : toute ces pressions, tous ces efforts pour ça ?
La digue s’est rompue.
Je me suis révoltée avec toute la puissance de mes seize ans, 10 ans de silence. 10 ans d'efforts énormes pour forger une image de conformité, pour être exactement le personnage désiré.
Scandale public.
Internement au hokkaidô dans cette secte, ce que j'ai déjà assez raconté.
Ce soir Je me sens libre et éclairée.
En face de moi au kotatsu mon amour me sourit, ses yeux bleus plongent dans les miens et y lisent la paix qui m'habite enfin.
Jeudi j'irai à l'hôpital.
Je dirai à mes médecins
merci
vous m'avez aidée au moment où j'avais besoin d’un coup de pouce extérieur pour me lancer sur la piste, et voilà j'ai trouvé la porte de sortie.
Je ne reviendrai pas.
Merci encore infiniment (profonds saluts).
Au revoir.