JOURNAL
26 juillet 2025
#auberge
Les filles de la maison
On est reçues plus que gentiment, avec amour.
Les aubergistes nous ont redit qu’on est comme leurs petites filles qui ne viennent jamais les voir, elles, et on peut venir, nous, quand on veut sans prévenir il y aura toujours un futon et deux bols pour nous tout le temps même si l'auberge est pleine.
Ça nous tire des larmes douces qu'on retient parce qu’on est au Japon quand même, on s'aime mais pas d´effusions, jamais.
On va aller manger, c’est fête ce soir « pour l'arrivée des filles de la maison ». On ne se ressemble pas vraiment, une blonde une brune, les clients ne comprennent pas mais personne ne moufte, ça aussi c'est le Japon…
* * *
C'est l'heure du onsen.
On est prêtes pour y aller avec les autres clients, puis la patronne (je vais l'appeler mamie, ça traduit bien l'idée en français) vient nous chercher en douce.
On sort par derrière, on traverse le potager puis un petit bois à la lumière des étoiles, et dans les rochers qui font une piscine naturelle, la vapeur de l'eau chaude : c’est le onsen privé…
Ici on sera toujours seules c'est pas ouvert aux visiteurs.
C’est un super cadeau une super preuve qu’on est adoptées au plein sens japonais.
Voilà, maintenant on est comme les filles de la maison, on fait partie de la famille jusque dans l'intimité du onsen.
* * *
Tout est éteint
Il y avait juste une petite lampe à la porte de derrière pour qu’on ne se perde pas en revenant du onsen.
C'est drôle comme dans ma vie depuis la mort de maman et ma grand-mère j'ai été beaucoup plus aimée par des gens étrangers que par ma famille qui ne m’accepte que depuis pas longtemps.
J'ai été adoptée plusieurs fois même.
Ça m'émeut beaucoup.
Je me dis que finalement je dois être aimable plus que je ne pensais quand j'étais petite.
Il ma fallu beaucoup d'années pour comprendre et admettre ça,
et beaucoup d'amour.
Maintenant les filles sages vont éteindre à leur tour les téléphones et les lampes et dodo…