JOURNAL
7 novembre 2025
Alors je commence à essayer de me remémorer la douleur.
Je ne sais pas par où commencer.
Je dois repartir du plus loin ou bien du plus proche ?
Je n'ai pas demandé.
Je vais repartir du souvenir le plus vif, celui qui vient tout de suite
et c’est le froid.
Je me souviens du froid d'abord.
Dans la secte, pour limiter mes possibilités d'évasion je devais dormir nue, déposer tous mes vêtements devant la porte du placard ou je dormais.
C'était pas chauffé, j'avais tout le temps froid, je grelottais la nuit, je me réveillais avec cette sensation d'être glacée.
Oui si on parle de la douleur c’est la première chose qui me vient à la conscience, et curieusement je ne me souviens pas avoir eu froid quand je me suis évadée enroulée dans ma couette sous la neige.
J'avais les pieds qui commençaient à geler je ne souffrais pas.
J’ai perdu tous mes ongles.
Ils ont repoussé.
C’est drôle comme je me souviens très bien des faits mais pas de la douleur qui les accompagnait.
Je me souviens des coups, de la sidération, de la colère, de l'humiliation, de la rage, pas de la douleur physique.
Il y a du boulot alors, je crois bien qu’il va falloir que je creuse profond on dirait…